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Jules Louis Audoynaud

Sculpteur sur bois, appelé " le petit Robespierre de la Commune ", réfugié à Luxembourg de 1872 à 1876.
C'est lui qui demanda en avril 1874 au Bourgmestre de la Ville de Luxembourg l'autorisation de construire un monument funéraire au cimetière de Siechenhof pour deux communards exilés à Luxembourg en se servant d'une fausse identité, J. Louis. Deux ans plus tard, il se maria sous son vrai nom et en présence d'autres communards, ce qui devait évidemment alerter les autorités. Le Parquet avait déjà été rendu attentif à la présence de communards par " des troubles survenus à l'occasion des enterrements civils et manifestant chez nous des tendances subversives ".
Audoynaud avait 32 ans au moment de la Commune. Simple garde au moment du siège de Paris par les Prussiens, il se fit remarquer par sa participation aux comités de défense et de vigilance de la Garde Nationale et aux activités du Club de la Rue des Terres Fortes, où " son ardeur à s'insurger contre les actes du gouvernement et à pousser à une révolution sociale le mit bientôt en complète évidence ". Elu membre du Comité Central, le 18 mars, il fit enlever, le 21 mars, les canons du boulevard Mazas, ouvrit les scellés de la caisse principale de l'Hôtel de Ville où " il couchait et prenait ses repas ", et " s'empara d'une somme de 1.284.405 francs et 35 centimes " qu'il dépensa dans ses nouvelles fonctions. Il aurait proposé l'usage du feu grégeois (bombes incendiaires) à Neuilly, réclamé la confiscation des biens des fuyards ainsi que " l'exploitation collective de leurs biens ". Il avait cosigné la proclamation du 3 prairial appelant les militaires à la désobéissance : " Lorsque la consigne est infâme, la déobéissance est un devoir. "
Audoynaud avait réussi à quitter Paris, lundi le 29 mai 1871 au milieu de la journée, un jour après que la dernière barricade fut tombée. Jusqu'en février 1872 il erra à travers les campagnes françaises, réussit ensuite à gagner la Belgique, y resta quelques mois, fut expulsé, se dirigea sur le Grand-Duché de Luxembourg, où il est resté à peu près 5 ans. " Selon les autorités luxembourgeoises il serait passé de Belgique en Amérique avant de rejoindre le Luxembourg et aurait occupé de septembre à octobre 1872 un emploi dans un café-concert de Broadway. La précision est importante, le séjour d'Audoyanaud correspondrait aux tentatives d'implantation aux Etats-Unis des blanquistes et de l'Internationale de Marx.
Prié de quitter Luxembourg en novembre 1876 il rejoignit Metz, où il resta 5 mois, ensuite il se dirigea vers Trèves et d'autres villes d'Allemagne et de là vers Bruxelles, où il resta quelques semaines. En juillet 1877 il gagna Londres qu'il quitta en novembre de la même année pour s'installer à Château-Salins en Lorraine occupée. Il se croyait enfin en sécurité, quand son patron, M. Carles , l'envoya faire une course à Nancy en Lorraine non-occupée " afin de le faire arrêter et pour faire la cour à sa femme ". Audoynaud fut arrêté en mars 1878 au passage de la frontière française, jugé et condamné le 14 juin 1878 aux travaux forcés à perpétuité. Le 18 juin 1878 " la femme Audoynaud " demanda " la commutation de peine de Audoynaud, mon mari, en Calédonie, pour que je puisse le suivre et élever un pauvre petit que je porte encore dans moi. " Audoynaud ne fut pas déporté. Le dernier bateau quitta Brest pour Nouméa, le 10 juillet 1878 . Le temps de l'amnistie approchait.
Audoynaud a-t-il fait des concessions aux juges militaires ? Les pièces du dossier judiciaire ne permettent pas de l'affirmer : " Quand Monsieur le Président reproche à l'accusé d'avoir, dans sa situation de condamné à mort par contumace, épousé une jeune fille ignorante de cette terrible situation et d'avoir ainsi enchaîné le sort d'une innocente au sien, Audoynaud pleure et ne trouve rien à dire. " Le tribunal lui accorda pourtant quelques circonstances atténuantes : " Audoynaud, doué d'une intelligence peu commune, a joué un rôle important sous la Commune. Socialiste dangereux, il a voulu le triomphe de ce régime par tous les moyens. Son calme effrayait ses amis qui l'avaient surnommé le Petit Robespierre. Depuis il a souffert et ses idées ont peut-être changé. Sa tenue à l'audience a été bonne. Il nous a montré un grand repentir et il a juré sur sa mère, sa plus vraie affection, qu'il reniait son passé. "
Audoynaud a été oublié par l'historiographie, son dossier judiciaire, classé sous un autre numéro, ayant été introuvable au Fort de Vincennes.